Sanctifier le temps par le Rabbin Isaac ELHADAD

Dans la conception occidentale, le temps sert à mesurer les actions physiques,leur vitesse,leur durée, leur fréquence. L’espace temps universel et infini est divisé en ensembles et sous ensembles tels que: année, saisons, mois, semaine, jour. Tousces concepts ont étécrées avec la création du monde. Le temps mesure la vitesse et la fréquence de chacun de ces concepts. Il est un panneau de signalisation de ces ensembles et sous ensembles.

Aujourd’hui, âge d’or de la science, plus qu’hier ou avant-hier, le temps n’est même plus précis ou exact, il est devenu flou et relatif. Nombreux sont les scientifiques qui n’y voient qu’un concept, peut-être même seulement imaginaire, et sans valeur propre. Dans le judaïsme, le temps est réel, il est concret. Il a été crée avec les autres forces vives de la nature. Il a été formé et structuré par le Créateur. Le temps œuvre dans son domaine.
Il est actif. Il agit en symbiose avec toutes les forces de la nature. Sans lui la création serait incomplète, imparfaite.Le temps a reçu du Créateur son affectation et procède avec toutes les autres forces vives de la nature à l’évolution du monde. Si en physique il n’est qu’une unité de mesure, sans valeur propre, en métaphysique le temps est une force productive qui influence les autres facteurs de la création.
Dans la chaîne du temps, il y a des chaînons qui irradient par leur pureté et leur sainteté. Ils purifient et sanctifient ceux qu’ils contactent. Chabbat et les fêtes ne sont pas seulement des repères du calendrier, au cours desquels tout travail est interdit, la cessation des activités physiques est recommandée, ces journées irradient par leur éclat les âmes fatiguées par la vie profane, ils élèvent l’âme humaine, ils lui insufflent les vitamines spirituelles qui lui sont indispensables. Mesurer l’espace temps entre les célébrations n’est qu’une fonction annexe. A tel point qu’un homme qui aurait perdu le sens, le décompte du temps, qui serait dans un désert et aurait perdu les repères « temps », compte 6 jours et fait du 7ème un chabbat ; un homme qui vivrait au pôle nord avec 6 mois de jour et 6 mois de nuit mettra ses tefillin avec les yérosolomites ; un homme qui irait à Shanghai où le décalage va jusqu’à faire basculer au jour suivant, célébrera, comme l’a fait l’illustre yeshiva de Mir pendant la guerre, Yom Kippour avec un jour de retard ; celui qui emprunte un vol interplanétaire sera aussi soumis au chabbat et aux fêtes. Avec ces exemples, nous réalisons que nous sommes très éloignés de la simple unité de mesure et que le temps est une réalité active et vivante. Imagine-t-on en occident une « erreur » du temps, du calendrier, Greenwich en panne, une règle de calcul effacée ou tronquée ? Non, assurément non si elle n’est qu’une règle. Seule la Torah peut concevoir que le temps peut se modifier sans perdre pour autant son rôle majeur, actif et positif. Il peut être soumis aux aléas de la mémoire, de l’espace et des circonstances. Si Einstein ou ses prédécesseurs avaient connu le Talmud, la théorie de la relativité aurait été mise à jour il y a de nombreux siècles. La Torah qui veut que l’homme s’élève, se sanctifie, se sublime, veut également qu’il sanctifieson environnement, son espace, son temps, tout comme le Créateur le sublime dans son espace et son temps.

Telle est l’alliance du Sinaï, telle est son exigence mais aussi l’espace et l’horizon qu’elle nous ouvre, le challenge qu’elle nous lance, à l’image de la bénédiction que nous faisons chabbat (« mékadech hachabbat » = qui sanctifie le chabbat) ou les fêtes (« mekadech yisraël véhazémanim » = qui sanctifie Israël et les temps). « Kedochim tihyou ki kadoch ani hachem mekadichkhel = Saints vous serez, car Je suis saint, Moi l’Eternel qui vous sanctifie » est la vocation inchangée et sublime d’Israël.

 
 
 

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